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A Paris, l’inquiétude pour les migrants face au risque du coronavirus

A Paris, l’inquiétude pour les migrants face au risque du coronavirus

Après quatre années à intervenir dans les campements d’exilés du nord de Paris, Louis Barda, coordonnateur général de Médecins du monde dans la capitale, commence à avoir une certaine expérience du triste cycle entretenu par les autorités : constitution d’un point de rassemblement, croissance jusqu’à atteindre une masse critique, évacuation-dispersion par les forces de l’ordre, avant la reconstitution d’un nouveau campement quelques jours plus tard.

Depuis les nombreuses arrivées de migrants en 2015, le phénomène s’est déplacé. Du quartier de Jaurès, d’abord, jusqu’aux portes de Paris (entre celle de la Chapelle et celle de la Villette), avant d’être repoussé de l’autre côté du périphérique en raison de la nouvelle doctrine édictée par le préfet de police de Paris, Didier Lallement, qui, par la présence continue de troupes sur le terrain, s’efforce d’empêcher toute reconstitution de campement dans Paris.

Récemment, c’est à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) que la plus forte concentration de personnes exilées a été constatée. Jusqu’à leur évacuation ce mardi, en pleine crise du coronavirus. Un péril sanitaire qui inquiète Louis Barda.

Quelle était la situation dans le campement d’Aubervilliers ?

300 personnes se sont rassemblées sur un terrain vague le long du canal Saint-Denis. Comme il s’agissait d’un lieu privé, cela n’a pas été possible d’obtenir l’installation de toilettes, de points d’eau et la mise en place d’une distribution alimentaire. La campagne des municipales, puis la crise du coronavirus, ont encore compliqué la donne. Aucun ramassage des ordures n’était organisé et c’est vite devenu une décharge à ciel ouvert. Alors que, dans le même temps, les autorités interdisaient tout rassemblement de plus de 100 personnes et demandaient à chacun de respecter les gestes barrières… Mercredi dernier, le lendemain du début du confinement, on a assisté avec les équipes de Médecins du monde à une scène surréaliste : des policiers à cheval intervenant au galop et à coups de sifflets pour empêcher tous les habitants du camp d’en sortir. Raison invoquée : le confinement. Mais c’est criminel d’enfermer les gens sans leur fournir le strict minimum pour respecter leurs droits fondamentaux.

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Finalement, vos interpellations ont payé…

Mardi, ce sont 700 personnes, principalement originaires d’Afghanistan et d’Afrique de l’Est, qui ont bénéficié d’une mise à l’abri. On a constaté lors de l’évacuation un très faible respect des mesures de précaution, que ce soit la distance d’un mètre en chaque personne dans la file d’attente, ou même dans les bus, qui ont effectué plusieurs rotations sans être désinfectés afin d’emmener les exilés vers des gymnases et des chambres d’hôtel. A priori, ces solutions d’hébergement – 80 à 100 personnes dans chaque lieu – doivent être maintenues jusqu’à la fin du confinement. C’est un premier pas, même si on aurait préféré des structures de plus petite taille pour limiter les risques de contamination par le Covid-19. Une autre question se pose : quid des gens qui n’étaient pas là mardi et qui se retrouvent à la rue, sans leurs effets personnels ni leurs tentes, en plein confinement ? On craint que leur situation ne s’avère encore plus difficile qu’auparavant.

Avez-vous déjà constaté des cas ou des suspicions de coronavirus auprès des personnes que vous suivez ?

On a eu deux ou trois cas suspects, mais ne présentant pas de forme aiguë. On reste néanmoins très inquiets, car le pic de l’épidémie n’est pas atteint. On peut formuler deux hypothèses en ce qui concerne les personnes exilées. Ce sont des populations jeunes, qui ont réussi des parcours migratoires chaotiques, et on peut donc espérer qu’elles soient plutôt solides. Mais a contrario, il est aussi possible que leur errance, qui dure parfois depuis plusieurs années, les ait fragilisées. Profitons de leur mise à l’abri actuelle pour les prendre en charge de manière durable, plutôt que de retomber dans les travers habituels. Ne rien faire pour ces gens, c’est une mise en danger délibérée. Et c’est absurde d’un point de vue de santé publique, comme on l’avait déjà dit au moment de la mise en place d’un délai de carence pour bénéficier de l’Aide médicale d’Etat. Plus la prise en charge sanitaire intervient tardivement, plus les soins à apporter seront importants, et donc coûteux.


Sylvain Mouillard

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